La plupart des enseignants ont été maintes fois invités par des étudiants à répondre à cette insidieuse question. Que sous-tend-elle donc? La présence en classe semble-t-elle facultative, voire inutile aux étudiants qui la posent?
Des sous-entendus
Une étude réalisée au Cégep de Sherbrooke révèle que les premières causes de l’absentéisme identifiées par les étudiants sont les méthodes pédagogiques de l’enseignant et son manque de dynamisme. De ce point de vue, poser la question constituerait une façon détournée de dire à l’enseignant : « Je pense qui si le prochain cours est comme celui d’aujourd’hui, vous devriez me dispenser d’être présent ».
Selon les enseignants, la question recèle plutôt un aveu de l’étudiant : « Apprendre ce que vous nous proposez ne m’intéresse pas » ou « J’ai mieux à faire au même moment ». En effet, les enseignants jugent généralement que le travail rémunéré, le désintérêt des étudiants et leur insouciance sont les principales causes de l’absentéisme, les méthodes pédagogiques et le dynamisme des enseignants n’apparaissant qu’aux 10e et 11e rangs sur 12. Bref, « Les enseignants parlent d’élèves motivés, les élèves d’enseignants plates », chacun renvoyant la responsabilité de l’absentéisme à l’autre.
D’autres raisons peuvent bien sûr expliquer une telle question, parmi lesquels l’asymétrie des conceptions de l’enseignement et de l’apprentissage de l’enseignant et de l’étudiant, les visées du cours et l’impact présumé des activités réalisées en classe sur leur atteinte.
Des conséquences
Quoi qu’il en soit, et fort heureusement, il existe un lien étroit entre l’apprentissage et la présence en classe. En fait, l’absentéisme peut être la cause d’un plus faible développement par l’étudiant de ses capacités ou encore la conséquence d’autres facteurs nuisant à la réussite scolaire (situation socioaffective ou socioéconomique difficile, problème de consommation, incapacité à se prendre en main, etc.).
Toujours selon l’étude menée au Cégep de Sherbrooke, la plupart des étudiants rencontrés affirment cependant gérer leurs absences – et les risques qui y sont associés – en choisissant les activités auxquelles ils ne prennent pas part. Pour une vaste majorité, la décision de s’absenter serait donc prise sciemment : ils ne s’absenteraient que lorsqu’ils considèrent, à tort ou à raison, que cela affectera peu leur développement ou leurs résultats.
Des pistes de solutions
Comment intervenir en tenant compte de cette analyse? Faut-il sensibiliser les étudiants aux conditions dans lesquelles se produit l’apprentissage afin d’encourager la présence en classe ou sanctionner les absences? L’application de règles régissant la présence en classe favorise-t-elle la fréquentation et la réussite scolaires ou constitue-t-elle un frein à la responsabilisation des étudiants et au développement de leur autonomie?
Les recherches sur le sujet tendent à démontrer que les sanctions liées à l’absentéisme ont peu d’effet sur la fréquentation et sur la réussite. Par ailleurs, diverses études indiquent que « la sensibilisation répétée et appuyée par des données quantitatives s’est révélée plus efficace que l’application de sanctions ». Cette approche est cohérente avec l’attitude des étudiants mise en lumière précédemment : s’ils sont sensibilisés aux conséquences de l’absence en classe, ils en tiennent compte dans la gestion de leurs absences. Il en résulte une baisse du taux d’absence et une augmentation des résultats scolaires.
Enfin, à titre d’enseignants, vous êtes en mesure d’agir plus spécifiquement sur certains facteurs favorisant la présence en classe des étudiants. Notamment, il est possible d’offrir des activités pédagogiques nécessitant une participation active en classe, comme des discussions ou des débats, la réalisation collaborative de projets, le traitement coopératif de situations-problèmes ou toutes autres activités rendues possibles (ou plus fréquentes) par le recours à la classe inversée. Cette piste de solution semble d’autant plus pertinente que la deuxième raison le plus souvent invoquée par les étudiants pour ne pas être présents en classe est que leur présence ne leur apparait pas nécessaire.
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